ALI SILEM. Artiste peintre

Né le 20 Décembre 1947 à Sfisef (Région d’Oran), Ali Silem est diplômé de l’Ecole supérieure des beaux -arts d’Alger. Aujourd’hui, cet artiste- peintre vit entre Alger et Anger (France). Sa peinture s’inspire beaucoup de l’école des signes(Aouchem), courant artistique dont il se revendique. En juin dernier, Ali Silem était de retour à Alger pour une expo – rétrospective de ses 40 ans de carrière.

Artissimo : Comment votre intérêt pour l’art s’est- il manifesté ?

Ali Silem : Enfant, je dessinais beaucoup. Au primaire, j’ai participé à un concours de dessin que j’ai remporté haut la main. Il fallait dessiner une girafe en faisant attention à ne pas escamoter les petites cornes (Rires). Je m’étais montré assez doué ce jour là.

Artissimo : Plus tard, vous avez passé un autre concours, celui de l’Ecole supérieure des beaux- arts d’Alger

A S : En 1969, je me suis présenté au concours d’entrée de l’Ecole des beaux- arts et j’ai été admis. C’était la première fournée en communication visuelle. Il fallait cravacher dur. Je pense qu’aucune école au monde ne forme les artistes- peintres. On le devient par la force des poignets. Pour moi, le don n’existe pas. Certes, il peut y avoir des prédispositions mais tout le reste est une question d’effort et de travail.

A : Avez-vous tout de suite vécu de votre peinture ?

A S : Au début, j’ai beaucoup travaillé dans l’édition pour des entreprises étatiques. Mon diplôme en communication visuelle m’a préparé à cela. Puis, j’ai réaménagé mon temps consacrant trois jours par semaine à l’édition et le reste à la peinture. J’ai quitté l’Algérie dans les années 90, pour m’installer à Angers (France) où j’ai crée mon atelier. Depuis, je continue à faire des allers – retours entre mon pays natal et mon pays d’adoption. Je me nourris de ma peinture qui me le rend bien, puisqu’elle me nourrit à son tour.

A : D’où puisez-vous votre inspiration ?

A S : L’inspiration n’existe pas. La muse est un mythe. J’ai fais mienne cette boutade de Picasso « L’inspiration, moi je ne connais pas. Je ne connais que la transpiration ».

A : Quel est votre moteur alors ?

A S : La joie. Il y a quelque chose d’enfantin dans la peinture. C’est puéril, ludique et amusant. Garder cette fraîcheur d’enfant est un vrai bonheur. Je citerai à nouveau Picasso qui disait : « On met très longtemps à redevenir enfant ».

A : Quels sont les peintres qui ont influencés votre travail ?

A S : Les peintres impressionnistes m’ont beaucoup marqué, particulièrement Claude Monnet. Puis, ce fut autour des peintres réalistes de guider mes pinceaux. J’étais un grand fan de Gustave Courbet. J’aime beaucoup Guernica et Picasso. Picasso a traversé le 20 eme siècle de manière fulgurante et a tout essayé dans le domaine de l’art. Côté peinture algérienne, je me suis inspiré du style du groupe aouchem. Je me revendique de l’école des signes et voue une grande admiration pour des artistes comme Mohamed Khadda, Denis Martinez, Choukri Mesli sans oublier Jean-Michel Atlan, un peintre né à Constantine en 1913, qui m’a grandement marqué avec ses peintures : totems, Kahina, les Aurès …

A : Pourquoi aimez-vous tant peindre des totems dans vos œuvres ?

A L : A travers ces totems, je revendique mon ancrage africain. L’Algérie est multiculturelle. Le substrat premier est symbolisé par les berbères qui ont utilisé les signes. Je me revendique de cette culture mais je suis aussi dépositaire de toutes les autres cultures liées à l’histoire de mon pays. La byzantine qui se traduit sur mes toiles par de la peinture dorée, l’ottomane exprimée par les rosaces par exemple ou la calligraphie, expression de la civilisation musulmane.

A : Vous travaillez essentiellement avec l’acrylique. Pourquoi ?

A S : A l’Ecole des beaux -arts, j’étais tellement indisposé par les odeurs des solvants qu’il m’arrivait de tomber dans les pommes, en plein atelier. Je suis complètement allergique à la peinture à l’huile et n’utilise que l’acrylique.

A : Quels sont les couleurs que vous aimez ?

A S : Cela dépend des périodes. Au cours de mon parcours, j’ai eu des moments bleus, des moments ocres et d’autres rouges. On a tous des couleurs qu’on adopte ou l’inverse. Pour ma part il n’y a qu’une seule couleur qui me résiste et que je n’ai jamais réussi à dompter, le vert.

A : Pourquoi ?

A S : Je trouve qu’il y a une certaine acidité dans cette couleur.

A : Et pourtant on dit que le vert est la couleur de l’espoir.

A S : Je ne pense pas. L’interprétation des couleurs est très culturelle. Par exemple, pour les orthodoxes, c’est le rouge qui symbolise l’espoir.

A : Avez-vous déjà entendu parler d’Artissimo ?

A S : J’ai beaucoup lu d’articles de presse consacrés à cette école. En tant qu’artiste, je ne peux que me réjouir de l’existence de pareils établissements. J’aime bien l’idée de voir d’autres écoles de ce genre éclore. « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent » disait Mao Zedong !