AMAZIGH KATEB. Chanteur, compositeur et musicien

Sur scène, il électrise les foules. Gumbri en bandoulière, Amazigh Kateb a écumé les salles de concert du monde entier accompagné de son groupe Gnawa Diffusion. Désormais le fils du célèbre auteur de ‘Nedjma’ donne une autre direction à sa carrière. Auteur, compositeur et interprète, le chanteur de ‘Douga douga’ prépare un nouvel album aux couleurs afro cubains avec son nouveau collectif : Argel de la Havana. Rencontre.

Artissimo : Comment avez-vous commencé à chanter ?

Amazigh Kateb : La musique est entrée dans ma vie par pur hasard. Quand j’étais plus jeune, j’écoutais les disques qu’on avait à la maison : essentiellement du jazz et du rock. En grandissant, je me suis intéressé au reggae puis au rai et au châabi. A ce moment là de ma vie, j’ignorais encore que j’allais embrasser une carrière de chanteur-musicien. Ce choix s’est imposé à moi lors de mes voyages dans le sud de l’Algérie. J’assistais alors à des soirées musicales où j’ai commencé à chanter. C’est ainsi que déclic s’est produit.

A : Quels sont les chanteurs ou musiciens qui vous ont influencés ?

K A: Dans le jazz: Miles Davis, Dave Brubeck, Dizzy Gillespie…Dans le châabi, mon icône est incontestablement Amar Ezzahi.

A : Le gumbri est votre instrument de prédilection. Que représente –t-il pour vous ?

A K : J’ai toujours était fasciné par cet instrument mais il me paraissait hors de portée. En revenant de vacances, un de mes anciens percussionnistes en rapportait un dans ses bagages Un luthier lui en avait fait cadeau. Cette date coïncidant avec mon anniversaire, mon musicien me l’a offert à son tour. J’ai saisi ce gumbri et je ne l’ai plus lâché pendant huit heures d’affilées. J’avais d’affreuses migraines mais je ne pouvais pas m’arrêter.

A : Mais qu’est ce qui vous fascine tant dans le gumbri ?

A K : C’est un instrument qui m’a toujours parlé. C’est comme un murmure. Quelque chose de très profond et de très puissant. Mais pas seulement. Pour moi le gumbri est une sorte de trait d’union entre l’Afrique noir et l’Afrique du nord. C’est un instrument identitaire. Le fait de l’avoir adopté et d’en avoir fait mon instrument principal c’est aussi par amour de cette culture de résistance qu’est la culture Gnawa et toutes les cultures d’esclaves en génèral.

A : Vous avez joué dans un film intitulé « Maintenant, ils peuvent venir ». Comment avez-vous vécu cette première expérience cinématographique ?

A K : Camper un rôle au cinéma a été nouveau pour moi. A vrai dire je n’étais pas tout à fait à l’aise. Habitué à la spontanéité de la scène et du live, il a fallu que j’apprenne à comprimer mon énergie pour la distiller progressivement. Au cinéma, on refait les prises au moins trois fois même si la première séquence semble bonne. Une expérience nouvelle qui tranche avec mon travail en tant que musicien et chanteur.

A : Sur votre premier album solo ‘Marchez noir’, vous utilisez des textes écrits par votre père, le célèbre écrivain Kateb Yacine. Allez vous continuez à associer son travail au votre ?

K A : Oui, d’autant plus qu’il y a beaucoup de matière inédite. J’ai trouvé intéressant de mêler le travail de mon père au mien et je vais continuer sur cette voie.

A : Allez vous continuer à travailler avec le collectif Gnawa Diffusion ou votre séparation est- elle définitivement scellée ?

A K : Actuellement je travaille sur mon nouvel album avec un autre collectif : Algel de la Havana (Alger de la Havane). Ce nouvel opus aura une couleur afro- cubaine. Toutefois, j’ai aussi d’autres projets de chansons avec Gnawa Diffusion. Pour le moment, je me concentre sur ce nouvel album en chantier.

A : Quelle valeur principale votre père vous a-t il transmis ?

A K : De ne jamais être du côté des dominants et de ceux qui ont le pouvoir. Cette valeur je l’adopte dans tous les aspects de la vie. Même en ce qui concerne la consommation. Je ne vais jamais chez Mc Donald’s, boycotte les produits américains et israéliens… J’essaye de manger hallal. Mon hallal à moi.

A : Est-ce que vous pensez que votre papa aurez été fier de la carrière que vous poursuivez, s’il était encore de ce monde ?

A K : J’aurai bien aimé le savoir parce que malheureusement, il est décédé avant le lancement de ma carrière en tant que chanteur et musicien. D’ailleurs, j’ai deux frustrations par rapport à mon père. Lorsqu’il est mort en 1989, j’avais à peine 17 ans et l’impression de ne pas l’avoir assez vu. Puis quand j’ai commencé à faire de la musique, l’oreille de mon père et son orientation m’ont terriblement manquées.

A : En dehors de la préparation de votre nouvel album, avez-vous d’autres choses sur le feu ?

A K : Plusieurs choses même. Mais je ne veux pas en parler car j’ai peur du mauvais œil ! (rires)

Katia Sabri