AMOR GUELLIL : Styliste et créateur de mode

Créateur de mode autodidacte, Amor Guellil est diplômé de l’Ecole Supérieure des beaux-arts. En 2013, ce jeune créateur remportait haut la main le concours de haute couture France -Algérie. A 27 ans, Amor Guellil a déjà signé cinq collections. Ce styliste pétri de talent a récemment fêté sa cinquième année de haute couture avec un défilé de mode intitulé Black Ten. Amor s’apprête à lancer sa première collection de prêt- à- porter. Rencontre.

Artissimo : Comment est né votre goût pour la mode?

Amor Guellil : Ma mère a été ma première muse. Elle avait la mise élégante et glamour, un peu à la Grace Kelly. Cette image de la femme tirée à quatre épingles m’a habitée depuis ma plus tendre enfance et a certainement guidé mes pas vers l’univers de la mode.

A : En 2009, vous avez intégré l’Ecole nationale des beaux-arts d’Alger. Comment passe-t- on du design d’aménagement au stylisme ?

A G : Les écoles de mode n’existant pas à Alger, j’ai opté pour l’Ecole nationale des beaux- arts, option ‘design d’aménagement et architecture d’intérieur. Entouré d’étudiants à la fibre artistique exacerbée, je me sentais comme un poisson dans l’eau. Petit à petit, j’ai commencé à développer ma créativité en jetant des ponts entre l’univers du design et celui de la mode. Durant les cours de travaux pratiques, en expression plastique, j’utilisais des tissus, des paillettes, du fil. Mon orientation vers la mode et la haute couture se profilait doucement mais sûrement. Dès la deuxième année, j’ai organisé un défilé de mode au sein de mon école en signant ma première collection à partir d’objets de récupération : sac plastique, papier… Ce premier succès m’a donné des ailes. Ma voie était toute tracée : « Créateur de mode, je serai, » me suis-je écrié.

A : Aujourd’hui, vous avez plusieurs collections à votre actif. Que racontent-elles ?

A G : ‘Recyclage’, ‘Bleu capricieux’, ‘La grisaille’, ‘la new Wave’,’ N° 16’, et la dernière ‘Black Ten’ racontent chacune un épisode de ma vie. Moments de joie, de doute, de bonheur, de tristesse marquent mes travaux.

A : Quels sont les grands créateurs de mode qui vous ont inspiré ?

A G : Depuis mon plus jeune âge, je nourris une grande admiration pour John Galliano. J’aime sa créativité débordante, son côté provocateur, extravagant et iconoclaste. Le créateur anglais Alexander McQuenn, fait aussi partie de mes références.

A : Quel regard portez-vous sur la mode made in Algeria ?

A G : La mode algérienne demeure coincée. Elle s’apparente à du folklore. Il n’y a qu’à voir le style traditionnel pour s’en convaincre : Exagération de la dorure et trop de kitch. Autre bémol, la mode ne s’épanouit qu’en vase clos. Sa présence ne s’affiche que lors de cérémonies occasionnelles. Mon rêve à moi, c’est de sortir la mode dans la rue. La mode devrait être spontanée !

A : Selon vous, quelles sont les qualités d’un bon créateur de mode ?

A G : Passer par une formation professionnelle et être entouré de personnes en rapport avec ce domaine me paraît incontournable. N’est pas créateur de mode qui veut. Chez nous, ce terme est malheureusement galvaudé. On confond souvent le métier de couturier et celui de styliste-créateur. D’où les fautes de goûts et le kitch en veux-tu en voilà.

A : Quelle actrice aimeriez-vous habiller ?

A G : L’actrice australienne Cate Blanchett. Elle possède une élégance naturelle et une présence extraordinaire. Tout ce que j’aime chez une femme !

A : Où en êtes- vous de vos projets ?

A M : Je travaille actuellement sur le lancement de ma première collection de prêt- à- porter de luxe intitulée ‘Ryem’. Mon plus grand souhait serait de porter la mode algérienne sur la scène internationale en exploitant l’identité culturelle riche et millénaire.

A : Comment avez-vous découvert Artissimo ?

A M : En 2007, j’étais à la recherche d’une école de mode à Alger. Des amis m’ont alors conseillé d’aller voir du côté d’Artissimo. Je m’y suis rendu afin de me renseigner. En découvrant ce grand appartement à l’allure parisienne, je fus subjugué. L’ambiance studieuse et décontractée m’a également happé. Il n’y avait pas de cours de stylisme mais j’y suis retourné à plusieurs reprises pour accompagner des amis et retrouver ce bouillonnement artistique que j’aime tant.