ARSLANE LERARI. Artiste-peintre et comédien

Arslane est un véritable touche-à-tout. Artiste peintre, comédien de télévision, théâtre et cinéma. Diplômé de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts d’Alger, c’est naturellement qu’il a endossé le costume de professeur en design graphique au sein même de cet établissement, 35 années durant. Aujourd’hui, à 68 ans, cet artiste à la jeunesse éternelle, croque la vie, à belles dents. Rencontre.

Artissimo : À quel âge avez-vous commencé à vous intéresser à l’art ?

Arslane Lerari : J’avais à peine 12 ans lorsque je commençais à dessiner et à peindre. Je le faisais en cachette de mon père parce qu’il désapprouvait ma fougue artistique. Lorsqu’il me surprenait entrain de m’adonner à mon passe- temps favori, il me sermonnait vertement « C’est à ça que tu gaspilles ton temps, au lieu de réviser tes leçons ? » s’emportait- il. A peine avait- il le dos tourné, que je sortais mes feuilles, mes crayons et ma gouache. Cette passion dévorante pour le dessin et la peinture m’a aussi valu quelques déboires avec mes enseignants. Tout en tendant une oreille distraite au cours, je produisais des œuvres d’art sur papier, ce qui provoquait l’ire de mes profs. En définitive, j’étais toujours premier dans cette matière (Rires).

A : Le théâtre vous a tout de suite subjugué.

A L : J’avais 18 ans et j’aimais rire et faire le pitre devant mes copains. Je venais à peine de découvrir les sketches des humoristes : Raymond Devos, Guy Bedos et Fernand Raynaud. D’ailleurs, J’imitais à la perfection Fernand Raynaud. Mes mimiques faisaient plier de rire mes amis. Cela m’a aidé à prendre confiance en moi. Un jour, une amie qui travaillait comme accompagnatrice de piano de chant lyrique au conservatoire d’Alger, m’a parlé d’une audition. Je me suis présenté au conservatoire d’Alger pour le casting. On m’a donné une fable de Jean de La Fontaine à interpréter, ce que j’ai fait sur un ton léger et fantaisiste. Mon prof fut séduit. C’est ainsi que les portes du théâtre se sont ouvertes à moi, avant même, celles du cinéma et de la télévision.

A : Qu’est ce qui est plus difficile, jouer sur les planches ou face à une caméra ?

A L : Se produire devant le public est plus ardu. L’on se sent comme nu. Pas de triche possible, pas de gros plan pour faire passer des émotions. Tout le travail repose sur la gestuelle et la voix. Et puis, c’est du direct. A contrario, la caméra est un objet que l’on arrive au bout d’un moment à oublier. Aussi, les prises peuvent être refaites autant de fois que nécessaire. Incontestablement, le cinéma c’est plus facile !

A : Quels peintres admirez-vous le plus ?

A L : La peinture de Willem de Kooning (décédé en 1997), peintre américain d’origine néerlandaise, précurseur de l’expressionisme abstrait me touche au plus profond de mon être. Ce peintre m’a séduit par la force de l’expression de son travail. Son regard intérieur exprimait un état d’esprit et un sentiment philosophique de la vie. Je me sens héritier de quelque chose de Willem de kooning malgré moi. L’autre grand peintre qui m’a touché par la force de l’expression de son travail c’est M’Hamed Issiakhem. C’est un monstre sacré de la peinture algérienne.

A : Vous êtes depuis un peu plus de deux ans à la retraite. Comment occupez vous vos journées ?

A L : La retraite, c’est formidable. Pas de contrainte de temps. C’est une forme de liberté, à mes yeux. Je reste des heures à méditer, à contempler la nature. La mer, les arbres, les montagnes, les paysages…c’est du pur bonheur pour moi. Le Nirvana. Et puis il y a ma peinture et les fréquentes visites que je rends à mes trois enfants qui vivent désormais au Canada.

A : Que pensez-vous de l’établissement Artissimo ?

A L : Cette école où j’ai exposé à deux reprises, me rappelle l’effervescence qui régnait au conservatoire d’Alger, dans les années 1970, lorsque j’y faisais mes premières classes. Pour moi, Artissimo représente une authentique bouffée d’oxygène pour toutes celles et tous ceux qui aiment l’art.

Katia Sabri