Djahida Houadef. Artiste peintre

Ses toiles ont ‘un je ne sais quoi’ de Baya. Peut être à cause des oiseaux, des paysages, des fleurs et des couleurs qui en jaillissent. Djahida Houadef peint par passion. Sa source d’inspiration reste toujours sa ville natale, N’Gaous (région de Batna). Diplômée de l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger, la fille des Aurès a longtemps enseigné l’art plastique aux enfants. Désormais, elle se consacre exclusivement à son travail d’artiste peintre. Djahida expose actuellement sa dernière collection de toile intitulée ‘Nombreuses facettes’ à l’Institut Cervantès d’Alger. Rencontre

Artissimo : Djahida, vous êtes tombée toute petite dans le chaudron de l’art.

Djahida Houadef: Je suis née à N’Gaous au milieu d’une belle nature verdoyante. J’ai toujours été attirée par cet univers dont je contemplais le moindre détail. Je restais des heures à regarder la procession des fourmis par exemple. Toutes ces couleurs et cette nature ont rejailli sur mes toiles par la suite.

A : Et alors, comment avez-vous appris à dessiner ?

D H: Quand on est venu habiter à Alger avec mes parents, j’ai découvert des tas de cartes postales, d’images et de gravures laissées, par l’ancien propriétaire français, dans notre appartement de la rue Hassiba Ben Bouali. Je passais beaucoup de temps à les examiner sous toutes les coutures. Et dès que j’ai eu mes premiers outils, je mes suis amusée à les reproduire en y mettant un brin de fantaisie.

A : Quels ont été vos premiers outils justement ?

D H : Je devais avoir six ans. Mon père m’avait fais une promesse. « Si tu travailles bien à l’école, je t’offrirai une boite de crayons de couleurs. ». Quand j’ai enfin eu le cadeau tant espéré, j’ai été subjuguée par cet alignement de crayons. Ce dégradé de couleurs ressemblant à un arc en ciel a frappé mon esprit. Je me suis mise à dessiner des maisons, des fleurs, des personnages et aussi à faire des reproductions en y mettant ma touche personnelle. Mon entourage trouvait que je dessinais très bien et m’encourageait à continuer.

A : Vous avez fait vos classes à l’Ecole supérieure des beaux arts.

D H : Je m’y suis inscrite en 1982, un peu par hasard. Une voisine qui connaissait ma dextérité pour le dessin m’en avait soufflée l’idée. L’Ecole supérieure des beaux -Arts formait des artistes et comble de bonheur, ces études débouchaient sur un métier. J’ai aussi fréquenté les ateliers de Denis Martinez quelques années plus tard.

A : Durant vos études, pour quel courant artistique aviez-vous le plus d’admiration ?

D H : En étudiant l’histoire universelle de l’art, j’ai été fascinée par l’école des impressionnistes. Claude Monet, Auguste Renoir, Edouard Manet, Paul Cézanne, Edgar Degas… Ce courant marque la rupture de l’art moderne avec la peinture académique et introduit la lumière et la nature dans les toiles.

A : Un tableau qui vous fascine ?

D H : ‘Le printemps’ (Primavera) de l’artiste italien Sandro Botticelli. Cette peinture allégorique remonte au 15 eme siècle, période de la Première Renaissance.

A : A votre avis, à quoi sert l’art ?

D H : Il peut influencer l’homme de nombreuses façons : changer sa vision de la vie, l’apaiser, lui donner confiance en lui. L’art a un rôle spirituel. Il donne une paix intérieure.

A : Lorsque vous vous attaquez à un nouveau tableau, savez-vous par avance ce que vous allez peindre ?

D H : Avant de me mettre devant mon chevalet, ma thématique est déjà cernée. En revanche je ne sais ni ce que je vais peindre ni l’effet que produira mon œuvre.

A : Pour votre nouvelle collection 2017 ‘ Nombreuses facettes’, vous avez abandonné votre support de prédilection, le papier.

D H : Ma préférence a toujours été de travailler sur le papier mais pour ces nouveaux tableaux, j’ai trouvé que la toile convenait mieux à mes personnages, mes jardins, mes fleurs…L’acrylique sur la toile est un medium qui met tout de suite la lumière en valeur.

A : Fidèle à vos habitudes, la femme est largement représentée sur vos toiles dans votre dernière collection.

D H : C’est un clin d’œil aux femmes de ma ville natale, N’gaous. Par leur courage et leur témérité, elles ont toujours forcé mon admiration.

A : Où puisez-vous votre inspiration ?

D H : Essentiellement de mes multiples voyages à l’étranger et en Algérie. Les paysages et les nouvelles rencontres nourrissent mon inspiration et se répercutent sur mon travail.

A : Avez-vous des souvenirs avec l’Ecole Artissimo ?

D H : Et comment ! J’y ai enseigné les arts plastiques pendant plusieurs années. Les enfants qui fréquentaient mes ateliers sont aujourd’hui des adultes qui me contactent sur les réseaux sociaux et viennent à mes expos. Pendant mes ateliers je leur faisais toucher du doigt toutes les étapes de la peinture. Ce travail s’achevait toujours par une exposition. J’en garde un merveilleux souvenir.