DJAMEL GHAZI. Flûtiste et Directeur de l’Institut national supérieur de musique(INSM).

Djamel Ghazi a plusieurs cordes à son arc : il dirige l’INSM (l’Institut supérieur national de musique), donne des cours de musique au niveau de cette structure et exerce en qualité de soliste au sein de l’Orchestre symphonique national. Instrument de prédilection : la flûte traversière. Eminent pédagogue, ce théoricien de l’art musical a formé de nombreuses fournées de flûtistes. Certains d’entre eux poursuivent une brillante carrière à l’étranger. Rencontre.

Artissimo : En vous installant dans le fauteuil de directeur de l’INSM en Mai dernier, quelle première initiative avez-vous eu?

Djamel Ghazi : Ma première idée a été de lancer un stage d’été en flûte traversière pour les jeunes. J’ai rallié trois formateurs à ma cause dont l’un de mes anciens élèves qui travaille comme flûtiste professionnel à Londres -Sahnoun Adel-. Cette formation a attiré une trentaine de jeunes venus de tout le territoire national.

A : Revenons à vous. D’où vous vient cette passion pour la musique ?

D G : Quand j’étais petit, les vinyles tournaient en boucle sur le tourne- disques à la maison. Mon père écoutait beaucoup de musique du moyen orient. Ma mère préférait le Jazz. Persuadée que j’avais des prédispositions pour la musique, elle m’inscrivit, à 6 ans, l’association El Morssilia. J’y ai appris à jouer de la mandoline. Deux ans plus tard, je rejoignais le conservatoire d’Alger. La première année fut consacrée à l’apprentissage du solfège puis je fis ‘connaissance’ avec la flûte traversière, un instrument que je n’ai plus quitté depuis.

A : Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur cet instrument ?

D G : C’est par pur hasard. Etant d’un naturel calme, j’avais observé que les autres classes étaient bondées. A contrario le cours de flûte comptait peu d’inscrits. C’est ainsi que mon histoire d’amour avec la flûte a commencé.

A : Vous avez obtenu un bac scientifique et pourtant vous avez choisi la voie de la musique?

D G : Oui. Bac en poche, je pensais poursuivre des études de médecine Je me souviens encore du jour de mon inscription en biomédical à Bab Ezzouar, en 1985. Avec sa masse bétonnée, cette université m’avait parue hostile. En me voyant revenir, la mine déconfite, ma mère eut cette phrase miraculeuse : « Il y a un département de musique qui vient d’ouvrir à l’ENS de Kouba. Ça te dit de faire une licence de musique ? ». Ce jour là, j’ai eu la sensation qu’elle me remettait les clefs du paradis (rires).

A : Comment se sont déroulées vos études de musique à l’ENS de Kouba?

D G : Bien. A l’issue de ma licence en 1989, j’ai obtenu une bourse d’étudiant pour me perfectionner en flûte traversière au Conservatoire National de Région, à Paris (CNR). Nous étions 5 étudiants de ma promotion à décrocher une bourse pour la France dont Amine Kouider.

A : Après une thèse en magistère consacrée à la musique andalouse, vous avez enseigné la musicologie?

D G : Oui, mon service militaire effectué, j’ai travaillé comme maître- assistant à l’ENS de Kouba. J’y ai enseigné le solfège, l’analyse harmonique, la flûte à bec et le piano. Parallèlement, j’ai dirigé plusieurs chorales en tant que chef de chœur : Artissimo, l’INSM et ENS. J’ai également dispensé des cours de flûte traversière au conservatoire de Bologhine. De talentueux flûtistes ont bourgeonné dans cette institution sous ma houlette, dont Adel Sahnoun qui travaille comme flûtiste professionnel à Londres, actuellement.

A : Que représente pour vous la flûte ?

D G : Le jeu musical n’est pas qu’une histoire de son. Je ne suis pas plus mélomane qu’une personne lambda. Pour moi jouer de la flûte, c’est d’abord un plaisir tactile. Il passe aussi par la synchronisation du geste, de la pensée et du souffle.

A : Mis à part la flûte traversière, jouez-vous d’un autre instrument ?

D G : Oui. Piano, luth et guitare.

A : Vous avez enseigné à Artissimo. Avez-vous une anecdote à nous raconter à propos de cette école ?

D G : Un jour, une nouvelle s’était présentée pour s’inscrire au cours de chorale. J’ai eu du mal à classer sa voix car elle avait un organe vocal assez surprenant. Après ce test, j’ai été au secrétariat pour voir si elle avait était inscrite. Ma surprise fut grande lorsqu’on me répondit :Il s’agit d’un garçon et non d’une fille. Il s’appelle Raouf ! (Rires).

A : Qu’est ce que vous inspire Artissimo ?

D G : A l’heure où fast food et pizzerias poussent comme des champignons, je salue cette belle initiative de créer des écoles d’art. Bravo à Artissimo.

Katia Sabri