DORINA NILA BENTAMAR : professeur de théâtre.

Dorina Nila Bentamar (75 ans) est originaire de Roumanie. Elle obtient son diplôme d’art, de théâtre et de cinéma à L’I. A. T. C Ion Luca Caragiale de Bucarest en 1963. Elle investit ensuite les planches du Théâtre National Craiova et joue même au cinéma dans un film de Victor Iliu en 1964. L’année suivante, la comédienne quitte la Roumanie pour suivre son époux à Alger. Dorina fera partie de la première fournée des professeurs d’expression scénique et d’improvisation à l’Institut national d’art dramatique (INADE) de Bordj El Kiffan. Elle aura pour élèves des futures vedettes du nom de Fellag, Mustapha Ayed, Dalila Hlilou, Ziani Cherif Ayed, Idriss Chegroun… En 2000, Dorina rejoindra l’école Artissimo pour donner des cours d’expression scénique. Rencontre.

Artissimo : La scène et les arts ont toujours fait partie de votre vie.

Dorina Bentamar : En Roumanie, mon pays d’origine, il y avait des écoles de théâtre dans tous les quartiers et dans toutes les villes. On encourageait les enfants à monter sur les planches. J’ai donc fait du théâtre depuis toute petite. C’est de là que ma passion pour le quatrième art est née. Après mon bac obtenu en 1959 au lycée n°5 de Brasov et en dépit des protestations de mon père, j’ai passé avec succès le concours d’entrée de l’I.A.T.C Ion Luca Caragiale de Bucarest. Quatre années de cours et une année de stage, couronnées par un diplôme d’art, de théâtre et de cinéma obtenu en 1963.

A : Quelles étaient les modules enseignés dans cette école ?

D B : La littérature roumaine et universelle, le théâtre roumain et universel, la philosophie, le socialisme, l’esthétisme, la mise en scène, la diction, le mouvement scénique, la danse classique, et même l’escrime !

A : Vous avez ensuite rejoint le théâtre de Craiova.

DB : Effectivement. Au théâtre National Craiova, j’ai joué le rôle principal dans deux grandes pièces : ‘Euripides’, ‘ Zizi si Formula ei deviata’ Sidonia Dragusan. J’ai aussi été à l’affiche du film ‘Comora din Vadul Vechi’ de Victor Iliu, l’un des premiers metteurs en scène du théâtre roumain après la seconde guerre mondiale. En 1965, j’ai campé un rôle dans ‘Dumineca la ora 6’ de Lucian Pintilie.

A : En 1965, vous avez dû quitter la Roumanie pour accompagner votre époux qui rentrait en Algérie à la fin de ses études. Une nouvelle expérience vous attendait à l’INADE de Bordj El Kiffan.

D B : A l’époque, l’institut national d’art dramatique de Bordj El Kiffan était dirigé par Mustapha Kateb. J’ai donc rejoint mes classes en tant que professeur d’expression scénique et d’improvisation. Les élèves avaient soif d’apprendre. Je suis heureuse d’avoir apporté ma pierre à l’ouvrage de cette première école de théâtre. En voyant les carrières que certains de mes ex- étudiants ont eu comme Fellag, dalila Hlilou, Mustapha Ayed, Ziani Cherif Ayed… je ressens de la fierté. Ce fut quatre belles années de ma vie.

A: En 1970, votre mari est muté à Skikda. Vous le suivez encore une fois.

D T : J’ai découvert une ville magnifique avec des gens extraordinaires. Pendant 10 ans, j’ai donné des cours pour les enfants au conservatoire de Skikda.

A : Qu’est ce que le théâtre est sensé apprendre à ceux qui le pratiquent ?

D B : Le théâtre développe l’imagination et incite à la réflexion. Il force l’individu à réfléchir sur sa vie et à dédramatiser lorsqu’une épreuve difficile survient. Personnellement, c’est grâce au théâtre que j’ai réussi à dépasser certains épisodes douloureux de ma vie. Dans un autre registre, le 4 eme art apprend à poser sa voix, avoir une bonne diction, regarder son interlocuteur dans les yeux, avoir une franche poignée de main, lire un texte de façon à capter son auditoire, et même à mieux se concentrer.

A : En 2000, vous avez été contactée par Zafira Baba, la directrice d’Artissimo pour donner des cours de théâtre.

D B : D’abord je tiens à saluer le courage de Zafira qui a eu l’audace d’ouvrir une école d’art alors que le brasier des années rouges n’était pas encore éteint. Musique, cinéma, Chorale, danse. Tout était au point zéro. Cette dame a foncé pour faire revivre tout ce qui était interdit. Du courage et de la témérité qui forcent mon admiration. En 2000, elle m’a contactée pour me proposer de donner des cours de théâtre dans son école. Nous nous sommes rencontrées et très vite j’ai réalisé que nous étions sur la même longueur d’onde. Seule l’art peut éloigner la violence. C’est ainsi que mon aventure en tant que professeur d’expression scénique a commencé à Artissimo.