HOCINE BOUKELLA, LEADER DE CHEIKH SIDI BEMOL

‘El Bandi’ ‘Blues Bouzenzel’,’ Makayen Walou Khir men l’amour’…les chansons de Hocine Boukella alias Cheikh Sidi Bemol sont sur toutes les lèvres. Après des études en biologie à l’université de Bab Ezzouar, Hocine Boukella a rangé éprouvettes et microscopes au placard, pour endosser le costume de chanteur. Installé en France, l’artiste crée un groupe baptisé Cheikh Sidi Bemol en 1992, et se lance dans une carrière de musicien – chanteur. Le succès est au rendez- vous. Rencontre avec ce musicien, chanteur, compositeur, parolier, graphiste et illustrateur. Que du bonheur !

Artissimo : Hocine, dans une autre vie, vous avez travaillé comme comptable. Comment passe- t- on d’une calculette à une guitare?

Hocine Boukella : Jeune, je me cherchais encore. Au lycée, les études commençaient à m’ennuyer. Je voulais faire autre chose. Quand un stage de comptabilité de Sonatrach, à Hassi Messaoud s’est présenté à moi, j’ai sauté sur l’occasion. J’ai quitté le lycée Idrissi à Alger. Direction le sud où j’ai travaillé dans le domaine des chiffres pendant un certain temps. A cette époque, si on m’avait dit que je ferai carrière en tant que musicien, j’aurai bien rigolé !

A : Mais ensuite, vous avez passé le bac.

H B : Après cette courte parenthèse professionnelle, j’ai pris des cours du soir et j’ai passé mon bac. Diplôme en poche, je me suis inscrit en biologie à la Fac de Bab Ezzouar. Je passais plus de temps, sur le gazon de ce campus à gratter la guitare avec des potes, qu’à l’intérieur de l’amphi. Blues, rock, chaabi, ganoua…L’ambiance était au top ! (rires)

A : Vous êtes aussi caricaturiste, illustrateur et graphiste. Avez-vous suivi des cours dans ce domaine ?

H B : Non. Dessiner pour moi est une passion. C’est un don qui m’est tombé du ciel. Je suis dessinateur autodidacte. J’ai toujours rêvé de fréquenter l’Ecole des beaux-arts d’Alger, mais le destin m’a mis sur une autre route. A mon arrivée en France, en 1985, j’ai travaillé en tant que dessinateur : illustrateur de presse, affiches, pochettes d’album, graphisme…

A : Vous continuez à dessiner ?

H B : Je n’ai pas raccroché avec cette passion. Je publie mes dessins on line, sur un blog : Zembrek. J’aime raconter des histoires en dessinant.

A : Comment vous êtes- vous ouvert à la musique ?

H B : Dans les années 70, j’étais continuellement branché sur Radio Alger Ch3. Les programmes étaient très éclectiques : émissions de rock alternatif, de jazz, de musique classique, de poésies ‘malhoun’…J’étais accro. Par ailleurs, ma jeunesse a été bercée par les fêtes et mariage, lors des vacances d’été au bled, à Bouzguene. Le Tbal, la gaita, les chants…A Alger, c’était l’époque où les cérémonies étaient célébrées sur les terrasses. J’ai ainsi assisté à de mémorables soirées chaabi. Tout cela se cristallise dans mes chansons aujourd’hui.

A : Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez joué d’un instrument ?

H B : Je devais avoir 7 ans. Mon frère aîné Nacer avait rapporté une guitare à la maison. J’ai gratté quelques notes. C’était magique !

A : Comment vous êtes-vous lancé dans la chanson et comment l’idée de Cheikh Sidi Bemol, le nom de votre groupe, crée en 1992 a-t-elle germée ?

H B : A l’époque, j’écrivais des chansons et je cherchais désespérément un interprète. De guerre lasse et n’ayant trouvé aucun chanteur qui accepte d’interpréter mes textes, je me suis jeté à l’eau. J’ai crée le groupe Cheik Sidi Bemol, inspiré de l’étiquette de la bouteille de vin Sidi Brahim, qui me plaisait bien. C’est ainsi que tout a démarré !

A : Les paroles de vos chansons sont drôlissimes. Vous cultivez un certain humour qui est votre marque de fabrique.

H B : Il y a un truc que j’adore chez les Algériens : leur humour. Je trouve que cette autodérision est unique au monde. Un humour profond, qui fait office de philosophie de vie. C’est ce que j’essaye de transmettre à travers mes chansons.

A : Quel est le chanteur algérien qui vous a le plus marqué ?

H B : Hadj M’rizek.

A : Et à l’international ?

H B : Incontestablement, le groupe de rock britannique, Jethro Tull.

A : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

H B : J’ai deux projets en parallèle : la composition de chants antiques algériens pour une pièce théâtrale et le deuxième volume de ‘Gourbi Rock’.

A : Connaissez-vous Artissimo :

H B : Je découvre cette école grâce à cette interview. Un établissement qui cultive un terreau fertile en culture, moi j’applaudis des deux mains. La démocratisation de l’art, c’est très important pour la société.

A : Vous avez chanté ‘Makayan Walou Khir men l’amour’, vous le pensez vraiment ?

H B : Ouiiiii. Et de plus en plus d’ailleurs ! L’amour, c’est le carburant de la vie !

Katia Sabri