LE HIC. HICHEM BABA AHMED. Dessinateur de presse.

Vous êtes des millions à guetter son dessin de presse tous les matins sur le quotidien El Watan. Avec la pointe de son rapido, il signe HIC, trois lettres qui ne veulent pas dire Zorro mais Hichem Baba Ahmed. A 47 ans, le HIC est l’un des plus célèbres dessinateurs de presse en Algérie. Rencontre.

ARTISSIMO : Vous avez grandi en dévorant des BD. Est-ce ces lectures qui ont nourri votre passion pour le dessin ?

HIC : A l’adolescence, à l’heure où mes camarades lisaient les romans de la bibliothèque verte et rose, moi je me passionnais pour les BD genre Tintin, Astérix, Lucky Luc, Zid ya Bouzid de Slim… j’ai commencé à dessiner avant d’apprendre à marcher. C’est mon dada.

A : Vous ne pensiez quand même pas en faire votre métier ?

HIC : Absolument pas. Je suis diplômé en aménagement du territoire et protection de l’environnement. A la fin de mes études, j’ai d’ailleurs eu des petits boulots par- ci par – là : livreur, superviseur dans une société de nettoyage… C’était juste un tremplin. J’ai commencé à travailler comme dessinateur de presse au journal l’Authentique avant des passages par Le Jeune Indépendant, Le Soir d’Algérie, Le Matin puis dès 2006, à EL Watan où je sévis à ce jour (Rires). J’ai également bossé dans deux supports satiriques qui n’ont hélas pas fait long feu : El Manchar et L’Epoque.

A : Qu’est ce qu’un dessinateur de presse ?

HIC : C’est un indicateur social. Une sorte de baromètre de la société. En fait, les dessinateurs de presse sont les voyous de la rédaction. Cette formule me convient parfaitement. Je suis dessinateur éditorialiste. J’ai le privilège de travailler chez moi et d’avoir un rapport direct avec le directeur de la publication sans passer par la hiérarchie. Et ça c’est superbe !

A : Quel est la différence entre dessin de presse et caricature alors ?

HIC : La caricature c’est l’art de faire des portraits déformés sans que cela soit accompagné de bulles ou de textes.

A : Est-ce que ce métier implique d’éplucher les journaux tous les jours afin d’être constamment informé ?

HIC : Evidemment. Il faut garder un œil rivé sur l’actualité. Tous les matins, je fais une revue de presse en lisant tous les journaux et regarde en boucle les chaînes d’infos à la télé.

A : Quel est le côté chouette de votre boulot ?

HIC : Ne pas subir les contraintes des horaires de bureau et celles des embouteillages. Mais le plus grand bonheur à mes yeux c’est de pouvoir vivre de ma passion. Etre payé pour faire un métier qui me passionne, c’est vraiment top !

A : Vous arrive-t- il d’être contraint changer de dessin de presse à la dernière minute ?

HIC : Quand l’actualité l’exige oui. C’est arrivé le jour de la mort du Pape Jean Paul II. J’avais déjà envoyé mon dessin, mais j’ai dû en faire un autre rapidement afin de ne pas être en décalage avec l’actualité.

A: Être- vous parfois confronté au syndrome de la feuille blanche, comme c’est le cas pour les journalistes?

HIC : Bien – sûr ! C’est d’ailleurs la hantise de tous les dessinateurs de presse ! Parfois nous sommes en pannes d’inspiration parce que l’actualité n’est pas folichonne. Il faut alors se creuser les méninges pour pondre quelque chose !

A : Comment réalisez-vous vos dessins de presse ?

HIC : Je dessine à la main, au crayon puis je scanne mon dessin et mets de la couleur par photoshop.

A : Vous avez déjà publié une bande-dessiné. Comptez-vous réitérer cette expérience ?

HIC : La publication de ma première BD intitulée ‘ Le quatrième mandat expliqué à ma fille’ a été une expérience des plus jubilatoires pour moi. Ecriture d’un scénario, création des personnages et mise en scène, ce travail est tellement excitant ! D’ailleurs, je prépare une autre BD qui sera publiée vers fin 2016.

A : Qu’est ce qui fait un bon dessinateur de presse ?

HIC : Être au fait de l’actualité, avoir une bonne culture générale et être curieux de tout. Je n’ai pas de complexe à regarder ‘l’amour est dans le pré, écouter un tube de Rihanna ou Beyoncé. Tout est source d’inspiration pour mes dessins.

A : Récemment, vous avez réalisé une série de dessins consacrée à des chanteurs. Comment cette idée est- elle née?

HIC : j’avais fait un dessin d’humour de Frank Zappa que j’ai posté sur ma page Facebook, juste pour le fun. Il a tout de suite fait le buzz. Les internautes se sont mis à m’en réclamer d’autres. J’ai joué le jeu : Eric Clapton, Cheb Khaled, Cheikha Rimitti, Prince…. En tout, une cinquantaine de dessins ont été ainsi réalisés.

A : A quelle occasion avez-vous découvert Artissimo ?

HIC : J’ai eu l’occasion d’assister au vernissage de Jaoudet Gassouma et aussi à l’hommage rendu au penseur et écrivain italien, Umberto Eco. Il ya quelques années, j’ai rencontré Zafira, la directrice, dans une émission. Depuis, je la croise souvent lors d’événements culturels mais elle ne me reconnaît jamais. Alors j’ai un message pour elle « Pourquoi moi je te reconnais et toi pas ??? Je t’en veux Zafira» (Rires)