REDA KHOUANE. Calligraphiste-designer contemporain

Calligraphiste -designer contemporain, Reda Khouane délaisse souvent ses éprouvettes de biologiste pour ses qalams et ses encres. A 38 ans, cet artiste autodidacte excelle dans la calligraphie arabe contemporaine. Sa patte est reconnaissable entre mille et sa manière de dessiner les lettres arabes sur des murs, du mobilier ou des toiles lui valent des oh d’admiration. Notre calligraphiste, aux origines cherchelloises, enseigne les techniques de calligraphie et expose régulièrement ses œuvres en Algérie et même au-delà des frontières comme en Corée ou en Chine. Rencontre !

Artissimo : Qui vous a inoculé le ’virus’ de la calligraphie arabe ?

Reda Khouane : Mon papa, lui-même calligraphiste autotodidacte, grande maîtrise du qalam. C’est lui qui m’a transmis cette passion. Par ailleurs, bien que né à Alger, j’ai vécu quelques unes de mes jeunes années en France. A mon retour, je découvrais pour la première fois les lettres arabes à l’école. Par leurs formes géométriques, ces lettres m’ont complètement intrigué. A mes yeux, elles paraissaient mystérieuses et ont titillé ma curiosité au point que je me suis mis à les reproduire sur du papier, en utilisant les outils de mon père. Voilà comment tout a commencé pour moi.

 

A : Pourtant, vous avez suivi des études de biologie.

R K : J’exerce mon métier de biologiste et vit ma passion en tant qu’artiste-calligraphiste en m’adonnant à la calligraphie arabe contemporaine. Il ne se passe pas un jour sans que je ne dessine ne serait ce qu’une lettre. C’est une passion qui me dévore.

 

A : Parlez nous un peu de la calligraphie.

R K : En calligraphie, l’unité de mesure c’est le point. Il a une forme carré. Cette discipline implique l’utilisation de calculs. Tout ça pour dire que c’est une entreprise périlleuse pour tous ceux qui n’aiment pas les mathématiques (rires). Pour être un bon calligraphiste, il faut énormément travailler. On ne se réveille pas un beau matin, dans la peau d’un calligraphiste. Il faut vraiment suer du paletot !

 

A : Vous êtes artiste calligraphiste contemporain. C’est quoi la différence avec un calligraphiste classique ?

R K : La calligraphie classique, c’est essentiellement la transcription du saint coran et des textes sacrés. C’est assez figé. A contrario, la calligraphie contemporaine, n’est pas du tout statique. Elle bouge. Elle peut s’exprimer sur n’importe quel support comme le bois, le plexiglas, le tissus, la toile et implique un sens de la créativité. Des designers et des stylistes ont même recours à cette expression artistique dans leur travail. Personnellement, au début, j’ai un peu exercé la calligraphie classique mais j’ai vite changé de cap en réalisant qu’elle bridait mon côte créatif.

 

A : Dans votre travail, quel est votre support de prédilection ?

R K : La toile essentiellement. Je mets de la couleur et utilise la lettre arabe comme unité de construction abstraite. Ces lettres n’ont pas forcement un sens littéraire. Elles peuvent être éparpillées. En arabe on appelle cela ‘El Hurrufiyat’. Mais en tant que concepteur, j’utilise la calligraphie contemporaine essentiellement dans la décoration : murs, bijoux, toiles…

 

A :quels sont les autres outils intervenant dans votre travail ?

R K : Toutes sortes d’encre dont l’encre de Chine et le ‘Smakh’, une encre naturelle fabriquée à base de laine de mouton. Mais aussi de l’acrylique, de la gouache, des pinceaux, des kalams (bouts de roseaux taillés de manière oblique)…

 

A : D’où puisez-vous votre inspiration ?

R K : J’aime me documenter et regarder le travail des autres calligraphistes. J’ai une grande admiration pour des gens comme Hassan Messaoudi, Raja el Mehdaoui, Mounir Chaaraoui, Omar Khiter, M’hamed Safar Bati, Karim Gaci… J’aime aussi me nourrir d’autres arts comme les tags et les graffitis qui ornent les murs d’Alger.

 

A : Pouvez-vous reproduire une œuvre calligraphique deux fois ?

R K : Jamais. Etre artiste- calligraphiste implique un travail instinctif. Personnellement, je suis incapable de refaire le même travail à l’identique.

 

A : Est-il vrai que ce métier est épuisant ?

R K : Oui, c’est vrai. A première vue, tenir un qalam pour dessiner des lettres peut sembler facile C’est archi- faux ! En fait, ce travail est éprouvant parce qu’il demande une force physique, du souffle et une bonne concentration afin de maîtriser les tremblements de la main. Je défie n’importe quel body builder d’écrire avec un qalam, sans avoir d’horribles crampes à la main. (Eclat de rire))

 

A : Comment avez-vous découvert Artissimo ?

R K : On ne peut pas vivre à Alger, s’intéresser à l’art et ne pas connaître cette école dont la réputation n’est pas née d’aujourd’hui. Une enseigne où se côtoie plusieurs formes d’art, c’est génial ! En revanche, pour être tout à fait franc, ce n’est qu’aujourd’hui, grâce à cette interview que je découvre cet espace. Je réalise que la réputation d’Artissimo n’est pas usurpée !