REDOUANE REBAINE : Styliste et créateur de mode

Créateur d’une ligne de prêt à porter baptisée ‘La Mode Ta3na’, Redouane Rebaine (62 ans) prône un retour vers nos valeurs vestimentaires, symboles de notre identité et de notre patrimoine culturel. Ce styliste, multiplie les défilés de mode et redessine une mode pour hommes qui s’inspire des tenues traditionnelles algériennes. Rencontre.

Artissimo : La haute couture et vous, c’était programmé dans votre ADN ?

Redouane Rebaine : Complètement. Enfant je créais des robes pour les poupées de mes cousines. J’avais le nez constamment plongé dans des magazines de mode et m’amusais à dessiner des silhouettes féminines engoncées dans des robes du soir. Je gardais tous ces croquis comme des trésors. Un jour, je les ai montrés à une grande couturière qui avait une boutique chic de prêt- à porter, rue Didouche Mourad. C’était vers la fin des années 1960. Elle a dit « Vous avez un don. Continuez ».Ce jour là, j’étais sur un nuage rose.

A : Avez-vous fréquenté une école de couture ?

R R : J’étais encore lycéen, quand je suis tombé sur une annonce publiée dans les colonnes du journal El Moudjahid. Un institut technologique de la mode et du vêtement pour filles et garçons ouvrait ses portes à la Rue Debih Cherif (Alger). C’était en 1971. J’ai tout lâché et j’ai couru m’y inscrire. La formation durait trois ans. Mais comme le directeur avait remarqué que je sortais du lot, il me délivra un diplôme à la fin de la première année. Pour la fête qui clôturait la saison, j’avais présenté des tenues de soirée. Mes camarades, eux, avaient préparé des bavoirs et des barbotteuses lors de cette exposition. Mes travaux ont fait tilt.

A : Ensuite, vous avez quitté Alger pour suivre des formations dans l’Hexagone.

R R : En arrivant à Paris, à tous justes 20 ans, je me suis rendu au Studio Berçot, pour une formation en stylisme de mode. Comme je n’avais pas les moyens de payer mes études, on m’a fait passer un concours. Bingo ! J’étais autorisé à suivre les cours en tant qu’élève -invité. J’ai ensuite travaillé en tant que stagiaire dans la maison de couture : Jean-Charles Castelbajac. Après trois mois, j’ai décidé de mettre les voiles pour travailler en free lance. Je proposais mes modèles de prêt- à- porter à des boutiques du quartier du Sentier, à Paris.

A : En 2014, vous avez lancé votre propre marque : La Mode Ta3na. Un label qui s’adresse aux hommes. Pourquoi ce choix ?

R R : A mon retour à Alger en 1984, j’ai travaillé dans pas mal de maisons de couture à l’instar de Zina, Lylena….Au fil du temps, j’ai remarqué que mes qualités de créateur étaient foulées au pied. On me considérait comme un simple couturier, d’où l’idée de m’affranchir et de voler de mes propres ailes. En 2014, j’ai créé mon propre atelier et lancé ma propre ligne de vêtement’ La Mode Ta3na’ J’ai investi un créneau encore vierge chez nous : le prêt -à -porter pour hommes. Je revisite les tenues traditionnelles algériennes (Burnous, serouals, gandouras, kachabias) en les remettants au goût du jour. Mon but et de mettre en avant notre patrimoine vestimentaire.

A : Quel est la touche personnelle de Redouane Rebaine ?

R R ; Je n’en ai pas. Je suis un touche- à- tout. Peut être que cela est dû à ma formation académique. Mon seul leitmotiv, c’est d’avoir un travail structuré.

A : A votre avis, est- ce qu’il y a une mode algérienne ?

R R : les Algériens s’évertuent à suivre la mode occidentale. Ils sont obnubilés par ce qui vient d’ailleurs. Je pense qu’il faut revenir au costume algérien. C’est notre identité.

A : A quels créateurs vous identifiez-vous ?

R R : Je me reconnais dans la ligne d’Yves Saint Laurent pour son côté académique et dans celle de Coco Chanel pour sa touche excentrique

A : Quelles sont vos tissus préférés pour réaliser vos modèles?

R R : Toutes les étoffes naturelles comme les lins, les soies, les cotons, les tissus ottomans…

A : Selon vous, comment sera, la mode de demain ?

R R : J’observe que la mode est cyclique. Elle revient pratiquement à l’identique tous les dix ans. Je pense que la mode de demain sera ethno. C’est-à-dire que les créateurs de chaque pays laisseront s’exprimer leurs envies, sans s’enfermer dans un seul modèle. Le mot ‘Mode’ sera oublié en faveur du mot ‘Vêtement’. Les créateurs vont se réapproprier les symboles traditionnels, les broderies, les emblèmes et les couleurs. Cette mode sera plus libre, et plus imaginative.

A : L’Ecole Artissimo, vous aimez ?

R R : J’ai découvert cet établissement il y a une quinzaine d’années. Je devais y organiser un défilé de mode mais ce projet est tombé à l’eau. Je gravis régulièrement les 3 étages qui mènent à cette école pour assister à des rencontres- débat. J’aime bien l’idée ! Pas juste un espace pour des cours d’art mais pour des échanges culturels. En plus, j’aime cet endroit. Quand on y pénètre, on ressent une vive émotion mêlée à une atmosphère de mystère. Peut- être qu’un jour, j’y donnerais des cours de stylisme ! Qui sait ? (Rires)